Erik L’homme : l’écrivain des étoiles

Cela faisait maintenant trois heures que je marchais sans rien voir au- dehors, sans me rendre compte d’où j’étais. D’un air rêveur, mon regard se perdit sur les toits en ardoise gris pâle des maisons de Dashtikazar, qui s’appuyait les unes contre les autres pour surplomber, du haut de quatre ou cinq étages, des rues étroites et sinueuses.

La cité de granite clair avait fêté ses mille ans l’année passée. Dashtikazar la Fière… Comme j’aimais cette ville pleine de surprises, couchée contre la montagne et ouverte sur la mer !
C’était la capitale, le coeur battant du fière pays d’Ys !

Et qu’elle ne fut pas l’une des plus grande surprise lorsque je heurta un grand homme sous sa capuche noire. Je tomba et il m’aida à me relever tout en me demandant : « Tout va bien ? « 

Et ce n’est qu’en croisant son regard, que j’aperçu qui il était vraiment. C’était Erik L’Homme ! L’écrivain du livre des étoiles !

« Excusez-moi, j’étais dans la lune, je ne voulais pas vous déranger « . Bredouillai-je.
« Ce n’est rien, j’étais moi même dans mes pensées à contempler les beaux toits de notre belle cité ». Me répondit-il.
« C’est fou ! je pensais la même chose !  » M’exclamai-je.

Nos regards se croisèrent à nouveau et je baissa la tête, gênée de l’enthousiasme due à cette rencontre.

« Puis je te proposer une boisson pour m’excuser ? » me demanda-t-il.
Sortant de ma rêverie , je répondis à demi-mot : « Bien … bien sûr »

Et je le suivi , lui emboîtant le pas , tournant de ruelles en ruelles jusqu’à arriver à une petite taverne pittoresque.
Nous nous installâmes dans un coin de la bâtisse, la lueur des bougies autours de nous transmettait une atmosphère des plus apaisante et propice à la discussion.

Après une dizaine de minutes, le tavernier vint nous servir une pinte pour lui et un chocolat chaud pour moi.
Nous dégustâmes chacun notre boisson, quand d’un coup je lui demanda :

« Vous êtes donc Erik l’Homme, le grand auteur du Livre des étoiles , je suis curieuse … pourriez vous me parler un peu plus de vous ? « 

Il sourit, et me répondit :  » Je suis né il y a une cinquantaine d’années dans les montagnes du Dauphiné. J’ai vécu mon enfance au contact de la nature et au milieu des livres. Influencé par mes héros de papier, j’ai eu très vite des envies de voyage. L’irrésistible envie de découvrir le monde avec mes propres yeux. Je suis parti, sac au dos, à sa rencontre (à ma rencontre !), pendant plusieurs années. J’ai ensuite repris des études doctorales d’Histoire, tâté du journalisme (dans le domaine de l’environnement). Puis la publication de mon premier livre (« Qadehar le sorcier ») et un succès aussi rapide qu’inattendu, m’a permis (et me permet depuis presque vingt ans maintenant) de vivre de ma plume… « 

« Je suis une grande fan de votre oeuvre ! D’où vous est venu le goût de l’écriture ? « 

Entre deux lampées de pinte, il m’avoua :  » Des livres que je lisais enfant ; ils m’ont ouvert en grand la porte de l’imaginaire et donné plus tard l’envie de raconter mes propres histoires.
Mes premières rédactions, en classe de sixième, ont ensuite joué un rôle capital. Elles m’ont apporté, en même temps que les meilleures notes de la classe, la confirmation qu’écrire était définitivement mon truc !
J’ai également compris, très tôt, qu’écrire était un moyen de faire de la magie. Quelques signes mis bout à bout suffisaient à déclencher des émotions, des réactions chez ceux qui les lisaient. Cette découverte – cette fascination – est capitale, je crois, dans mon histoire personnelle.
« 

« Mais donc être écrivain est plus un métier ou une passion pour vous ? « 
« C’est une passion devenue un métier …  » me confia-t-il avec un regard nostalgique.

« Votre écriture est-elle influencée par d’autres auteurs ou autres choses comme par exemple des voyages, des rencontres… ? « 
« Vos histoires sont elles inspirées de faits réels , d’anecdotes personnelles ou faites-vous plutôt un travail de recherche et d’imagination ? »


« Mon imaginaire puise bien sûr dans les livres, mais également dans les films (Stargate, par exemple, qui m’a inspiré pour « Le livre des Etoiles » l’idée des portes conduisant d’un monde à l’autre), les choses vécues (Agathe a existé et m’a martyrisé au collège bien avant Guillemot !), ma culture d’historien (j’ai effectué des recherches sur les runes avant de créer mes Graphèmes) et mes voyages. Par exemple, la ville de Ferghânâ dans laquelle déambule Guillemot (toujours dans « Le livre des étoiles ») avant de faire la connaissance de Kyle, m’a été inspirée par Marrakech au Maroc. Le peuple de la mer, que rencontre Coralie, existe vraiment (sous une forme moins « fantastique » !) et nomadise, à bord de radeaux, au sud de l’archipel philippin. Enfin, pour terminer, les brigands qui capturent Romaric et Coralie m’ont rappelé ceux qui nous ont dévalisé, mon frère et moi, un jour de neige, sur la route du col de la Lowari au Pakistan… »
« Quant aux sources d’inspiration, elles sont indescriptibles, diverses et variées. Livres, films, tableaux, moments de vies volés, souvenirs, l’écrivain est un voyeur, rêveur et attentif à la fois, un pilleur respectueux, un « transformeur », un individu étrange qui s’empare, par fragments, de ce qui existe déjà ou pourrait exister, pour le passer dans la moulinette de son imagination et en faire autre chose, qui lui est propre… »

« Quel est votre processus d’écriture ? Comment et de quelle manière écrivez-vous ?
Vous baladez vous souvent dans les rues afin de trouver l’inspiration ? « 

Il s’esclaffa de la question par rapport à notre situation, puis se ressaisit et m’expliqua :
« Je travaille en tension, en fonction d’objectifs que je me fixe moi-même, un œil sur le calendrier (je mets toujours un point d’honneur à rendre mes textes en temps et en heure). Donc de grosses périodes de travail et d’autres de relâche. « 

« Et donc , vous êtes plutôt papier ou page blanche d’un ordinateur ? »
Ce n’est que par après que je me rendis compte de la manière dont je lui avais posé la question. J’étais devenue aussi familière, avec cet homme que je venais de rencontrer , qu’avec mes propres amis. Ce qui me fit extrêmement rougir !

« Je fais toujours mon plan (synopsis) à la main mais j’écris à l’ordinateur (c’est plus facile pour travailler le texte : effacer, corriger, revenir en arrière, avoir plusieurs versions sous les yeux, envoyer le manuscrit à mon éditeur…)« 

« Improvisez-vous au fil de l’histoire ou avez-vous un fil conducteur bien défini à l’avance ? »
« J’aborde chaque nouveau roman de la même manière. Je commence par y réfléchir sans rien écrire. Puis je jette sur une feuille les grandes lignes de mon histoire, une sorte de plan qui me sert de fil d’Ariane. Ensuite, je passe à la phase écriture proprement dite, qui bouleverse toujours le plan de départ (la carte n’est pas le territoire !). Important : je sais toujours où je vais, même si le chemin pour y arriver varie en cours de route. »

Admirative de toute cette conversation , je me perdis dans toutes ces questions qui s’enchaînaient dans ma tête , du temps suspendu autour de nous, des verres et de leurs contenus qui s’épuisaient au fur et à mesure .. je lui demanda :

« Dernier point, est-ce facile d’être publié à l’époque actuelle ? « 
« Je ne suis pas bien placé pour le dire. J’ai été publié il y a vingt ans et j’ai été pris tout de suite par le seul éditeur à qui j’avais envoyé mon manuscrit, Gallimard Jeunesse, parce qu’ils ne recevaient rien en français. Et les commerciaux étaient extrêmement demandeurs de choses françaises. Je suis arrivé et voilà, tout de suite publié ! Le bon manuscrit, chez le bon éditeur, au bon moment… Aujourd’hui, c’est plus compliqué je pense. Mais ce qui ne changera jamais, c’est que les éditeurs seront toujours à la recherche de bons livres ! « 

Les étoiles plein les yeux , je lui avoua que j’aimerai aussi me lancer plus tard dans l’écriture et le questionna sur « quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut se lancer dans l’écriture ? »
C’est à ce moment qu’il me regarda droit dans les yeux et me dit :
« Un conseil, un seul : ne pas se décourager ! Si on porte en soi l’envie de raconter des histoires et le désir de le faire avec des mots, on n’a pas le droit de renoncer.  »   

Époustouflée par ces mots , je ne m’aperçue pas tout de suite de la personne derrière moi me tirant par la manche.
C’était mon ami Guillemot, qui après plusieurs heures de recherche, m’avait retrouvé dans cette taverne à parler avec cet homme aux yeux d’argent.
« On te cherche depuis des heures, viens vite on va être en retard pour les cours de l’après midi ! »

Et c’est ainsi, prenant mes affaires en toute hâte , et remerciant d’un large sourire l’écrivain que je passa la porte du porche , avec des souvenirs pleins la tête de cette fabuleuse rencontre avec Erik L’homme!

« Et oui, que de belles rencontres que nous pouvons faire au pays d’ Ys ! « 

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